Historique
Notre tradition depuis 1898...

treeRobert Blouin, pour l'amour de la musique ...

La crise économique des années 1930 a modifié la vocation du magasin afin de l'adapter aux nouvelles habitudes de consommation. Désormais, les frères Blouin accordent la priorité à la vente d'appareils électroménagers et de meubles. Au début des années 1940, cette situation déplaît à Robert, l'un des deux propriétaires. Souhaitant promouvoir la culture musicale davantage que la vente de meubles, Robert prend une importante décision en 1943. Comme son père l'a fait en 1898, il se lance lui-même dans la vente et la réparation de pianos.

C'est grâce aux encouragements d'Adélard Lesage, celui-là même qui l'a formé en 1927, que Robert Blouin entreprend cette nouvelle aventure. Après la vente de ses parts dans l'entreprise familiale, il fait l'acquisition de la maison McManamy de la rue Terril, en 1942. C'est à cet endroit que les pianos Lesage-Belle sont exposés en consignation. Comme ses compétences sont reconnues des pianistes, il réussit à se créer une clientèle rapidement. La vente de sa maison en 1945 lui permet de faire l'acquisition d'un terrain vacant, au coût de $1 200.00, sur la rue King Ouest. Ce terrain se trouve à proximité des écuries de la boulangerie Larochelle & Frères. Un emprunt effectué à la Caisse populaire Sherbrooke-Est permet, peu de temps après, la construction d'un édifice fonctionnel, avec atelier et salle de montre. En 1952, l'agrandissement de l'usine de fabrication de pianos permet de réunir les deux bâtiments.

Une entreprise en expansion

Les privations imposées par la crise économique des années 1930 puis par la deuxième Guerre mondiale ont pour conséquence, avec la reprise économique de l'après-guerre, l'accroissement de la consommation de produits de toutes sortes. Cette période d'effervescence économique voit des objets tels, radio, stéréo, juke-box, connaître un succès inégalé. Il en va de même pour l'achat de pianos.

À la fin des années 1940, il est possible de confectionner un piano à bon compte. Lorsque Robert Blouin visite, en 1948 l'usine Sterling Actions & Keys, un fabricant ontarien spécialisé dans la confection de mécanismes pour piano,m on lui pose la question: "Pourquoi ne fabriquez-vous pas vos propres pianos?". Le volume des ventes chez Blouin ne lui permet pas de se procurer les pièces nécessaires à la fabrication d'un piano à un prix suffisamment bas et de garder ainsi les coûts de production abordables. Grâce au directeur de Sterling Actions & Keys, Robert Blouin profite de l'acquisition d'une série de mécanismes d,action des touches d'un autre fabricant de pianos, pour obtenir les pièces nécessaires à la fabrication d'un piano au prix du gros. L'excédent des pièces envoyées chez l'autre fabricant sera expédié à Sherbrooke par le même convoi du Canadien Pacifique. En plus d'espérer élargir son marché, le directeur de la compagnie Sterling Actions & Keys sait que Robert Blouin est passé par l'école de Lesage. Il sait aussi que Robert Blouin possède un sens inné pour juger de la qualité sonore d'un piano. Car même s'il n'est ni musicien ni pianiste, Robert Blouin possède la réputation de repérer facilement une fausse note, un accord mal ajusté, des cordes mal tendues.

Le 18 avril 1949, un client de Chartierville prend possession, pour la somme de $350.00, du premier piano de conception Blouin. Deux particularités caractérisent le piano Blouin: la qualité sonore et le clavier à 76 notes au lieu des 88 des claviers habituels. Afin de répondre aux standards de qualité recherchées par les artistes, les pièces proviennent de plusieurs endroits: des États-Unis, du sud de l'Ontario, de Montréal et des Cantons-de-l'Est. Le Canadien Pacifique en assure le transport. Du cadre de fonte dont les premiers ont été coulés à Sherbrooke, au sommier, en passant par la table d'harmonie, la sourdine, les marteaux, les chevilles, sans oublier les touches ainsi que les mille et une autres pièces qui composent le piano, chacune des composantes reçoit une attention particulière. La qualité des matériaux employés, notamment pour la table d'harmonie, s'avère particulièrement importante. Les pianos Blouin sont conçus de façon artisanale afin de répondre aux besoins des musiciens et des professeur de musique. L'université Andalousie, au Nouveau-Brundswick, en commande deux au milieu des années 1960.

L'augmentation de la taille des familles, et conséquemment l'exiguïté des maisons, favorisent l'éclosion d'une foule d'innovations techniques. Avec ses 76 notes, le clavier du piano Blouin, plus étroit que les autres, répond à la nouvelle norme d'occupation de l'espace. Cette adaptation est rapidement appréciée. D'autres fabricants lancent un modèle semblable peu de temps après 1949. Au rythme d'un piano fabriqué par semaine, l'entreprise connaît une expansion rapide au cours des années 1950. À la fin de la décennie, neuf employés s'affairent à la production moyenne de trois pianos par semaine dans la fabrique construite derrière le magasin en 1952.

Les étapes de fabrication d'un piano sont nombreuses et complexes. Le bois est d'abord séché pendant quelques semaines, voire plusieurs mois. On procède ensuite à la fabrication du cœur du piano. Au sommier fixé au dos du piano, se colle le contour de la table d'harmonie, de préférence en bois d'épinette. Seul le contour est collé car la table d'harmonie doit disposer d'un espace vide afin de pouvoir vibrer. Une plaque de fonte comportant les perforations pour accueillir les chevilles et plusieurs autres pièces est ensuite vissée au sommier. La fonte est le seul métal pouvant supporter les 18 tonnes de tension exercées par les 255 cordes du piano, tout en résistant aux différentes conditions climatiques. Puis, on procède au montage des cordes. Les premiers accords sont réalisés afin de les ajuster au diapason A440, qui signifie 440 vibrations à la seconde. Cette fréquence est admise internationalement par les musiciens. Enfin, les côtés de la caisse sont collées à la boîte, le tablier du clavier est fixé au bras du côté de la caisse, le pédalier, le mécanisme d'actions et le clavier sont installés. Le piano est accordé à quatre reprises au cours de ces opérations. Au total, huit accords sont nécessaires pendant la fabrication d'un piano. Ce dernier comprend entre 18 000 et 20 000 pièces. On termine avec la finition du meuble.

four

Robert Blouin procède à la vérification des accords et aux réglages des pianos dans son atelier de la rue King au début des années 1980.